Aller au contenu

Dolla (Françoise Laurent)

Dolla est morte. Augustin qui partagea sa vie durant 50 ans est anéanti. Dolla est morte ! Dans la communauté de soixante-huitards blasés, au sein de laquelle elle rayonnait, c’est la désolation. D’autant que, coup sur coup, d’autres s’en vont à leur tour. Morts naturelles ? Accidents ? Lorsque Clémence, jeune junkie hébergée par la bande cacochyme, vient à disparaître de façon suspecte, c’en est trop. Augustin décide qu’il est temps de s’opposer au destin. Une certitude : les pourris qui ont supprimé Dolla, Clémence et les autres ne l’emporteront pas au paradis.


Ces vieux aux coeurs sauvages se rebiffent. Une fiction pleine de tendresse pour des personnages dont la main tremble plus que l’esprit ou le cœur ! Enquête, anticipation, fable sociale : vrai polar d’une belle noirceur. Tout y est.

Acheter en ligne sur : FnacAmazonDecitreChapitre
Versions numériques : i-kiosqueiTunesAmazonOrangeChapitreDidactibookBookeen
Lecture en streaming (gratuit) : Youboox

Avant-propos
C’est une drôle de société que nous décrit Françoise Laurent. Et quelle société ! La nôtre, peut-être ? Ou bien une autre qui lui ressemblerait, proche, très proche ? Dangereusement proche dans l’espace et dans le temps. Une anticipation de quelques années ? Au terme d’une décennie à peine, on y voit la logique libérale poussée jusqu’à l’absurde : police et santé privatisées, des théâtres reconvertis en prisons, des milices faisant régner un ordre impitoyable, le fric roi.
Nos héros pourraient laisser courir, détourner le regard, se contenter de cultiver leur jardin. Arrivés au bout du chemin de la vie, ils pourraient abandonner le combat aux autres, aux plus jeunes. Mais, encore eût-il fallu ne point les provoquer ! Car ce n’est pas parce qu’on a dépassé soixante-dix ans qu’on est prêts à tout supporter, à renier son passé, ses souvenirs de soixante-huitard, ses révoltes, ses amours et surtout ses amitiés. Dans la communauté qu’ils ont créée pour résister à l’adversité, d’où qu’elle vienne, un groupe de seniors décatis va retrouver la fougue de la jeunesse et donner de sacrées leçons ! Leçons de fidélité aux amours passées, aux idéaux d’autrefois. La solidarité aidant, cette bande de vieux fous, adeptes de la culture bio, de l’ « herbe qui fait rire », du jaja et des chansons beuglées en groupe, va secouer bigrement la société recroquevillée sur sa peur et emmitouflée dans sa frilosité. On assiste à un réveil tonitruant, explosif, jouissif, qui vous ravigote le moral. Françoise Laurent, connue pour ses œuvres destinées à la jeunesse, fait une incursion très réussie dans la littérature « grise » comme les tempes des héros de "Dolla" ; elle nous sert un grand bol d’air et de tendresse, de rires et d’émotions. A l’heure où l’on commémore le quarantième anniversaire de 68, dont les acquis sont vilipendés injustement, ce roman est un pied de nez régalant.

Ava Ventura – 2008

Revue de presse…


Claude Mesplède a lu Dolla (Revue des cadres, pages polar, juin 2008)

Françoise LAURENT, enseignante, avait douze ans en 1968. Cela ne l’a pas empêchée de reconstituer avec bonheur, dans Dolla, les caractères d’une tribu de soixante-huitards septuagénaires qui ont créé une communauté pour résister à l’adversité. L’action se situe en 2018, dans une France où la logique libérale a abouti à privatiser la police et la santé tout en accordant les pleins pouvoirs à la religion et aux milices privées. Mais cette tribu de seniors décatis va se révolter sous l’impulsion d’Augustin. Il vient d’apprendre la mort de Dolla, qui fut sa compagne durant cinquante ans. A l’issue d’une opération, elle ne s’est pas réveillée, et cet incident devient suspect lorsque d’autres membres du groupe passent de vie à trépas. Entrevoyant une atroce vérité, Augustin, avec ses amis restés fidèles à leurs idéaux d’antan, va secouer le cocotier d’une société partie à vau-l’eau. Roman rafraîchissant, Dolla est une excellente réponse à tous ceux qui veulent nier l’héritage de 1968.

——————————————————————————–

Jean-Marc Laherrère a lu Dolla (Actu-du-noir – avril 2008)

2018, à quelques kilomètres de Nice. Une bande d’amis, anciens de 68, ont recréé une communauté pour éviter de vieillir seuls ou dans un mouroir. La possibilité de continuer à s’engueuler, chanter, et boire ensemble. Mais aujourd’hui le cœur n’y est pas, Dolla, le ciment du groupe est morte lors d’une opération. Le début d’une véritable hécatombe, décimant les papis et mamies les uns après les autres, jusqu’à ce que Rémi, veuf inconsolable de Dolla commence à entrevoir une abominable réalité, et sonne la révolte, dans un monde déboussolé, livré au capitalisme le plus sauvage, où la religion et les milices privées tiennent le haut du pavé. Cinquante ans après ils reviennent, qu’autant plus enragés qu’ils n’ont plus rien à perdre.

Un vrai plaisir de lecture, avec juste deux petits bémols dont je vais me débarrasser tout de suite. Le premier, c’est que le lecteur devine, bien avant les personnages, ce qui est en train de se tramer. Le second, il est difficile, surtout au début, de se retrouver dans la vingtaine de personnages (membres de la communauté, invités, enfants, neveux, petits enfants …), on se perd un peu dans certaines parentés, et on se demande parfois, en cours de lecture qui est qui. Voilà, c’est pas grave, et c’est évacué. Pour le reste, ce polar de politique-fiction est excellent. Excellent dans la description de ce que pourrait devenir notre monde. L’auteur pousse juste un petit cran plus loin la seule logique qui mène notre société actuelle : celle du fric. Certes on n’en est pas là, mais on n’est guère loin, et il suffirait de peu, très peu, pour s’en approcher dangereusement. Excellent dans sa peinture de « pauv’vieux » qui, s’ils ont perdu la souplesse et l’agilité de leurs 20 ans, n’ont rien perdu de leurs idéaux, ni, ce qui est plus rare, de leur envie de changer le monde. Ils sont émouvants, agaçants, méchants, généreux, puérils, courageux, lâches, braillards, soiffards … Des vrais gens comme on les aime. Et quel feu d’artifice final. Quel pied pour le lecteur (et certainement pour l’auteur). Certes, il n’est peut-être pas complètement crédible. Mais on s’en fout. Et l’auteur a tous les droits, surtout celui de se faire (et de nous faire) plaisir. Merci donc à Françoise Laurent, en espérant vieillir aussi bien que cette bande.

——————————————————————————–

Patrick Galmel a lu Dolla (Pol’art noir – mars 2008)

Mai 2018. Augustin pleure Dolla qui vient de mourir. Cinquante ans se sont écoulés depuis leur première rencontre. À cette occasion, ce sont tous les amis et compères qui se sont réunis pour un dernier salut ; une large brochette de vieux soixante-huitards qui vient rejoindre un noyau dur qui s’est établi depuis une bonne dizaine d’années en une sorte de communauté dans une vieille bâtisse campagnarde afin d’éviter la chasse au vieux – ces improductifs qui grèvent le budget de ce qu’il reste de Sécurité Sociale. De cette réunion, comme cinquante ans plus tôt, les idées vont fuser…

Françoise Laurent dresse pour commencer un portrait de groupe qui ressemble fort à un catalogue des illusions perdues. Le rouleau compresseur de la vie est passé sur ceux qui cinquante ans plus tôt imaginèrent la révolution et passèrent un mois de mai à refaire le monde. Tous ceux-là ont grandi, vécu. Certains sont restés fidèles à leurs idées ; d’autres moins. Le portrait est plein de tendresse, de sensibilité, d’humour aussi, voire même de sarcasme ; autrement dit, la vision est lucide. Et puis il y a le deuil, la douleur de l’absence qu’éprouve Augustin, la colère qui l’accompagne, qui sont bien montrées, bien cernées, même si elles s’expriment parfois dans les vapeurs de l’alcool, tout comme cette idée de reprendre la lutte, armée s’il le faut… Car il faut bien dire qu’en ce futur proche, la classe des baby-boomers n’est pas en odeur de sainteté dans les instances gouvernementales et que nos révolutionnaires en chaise roulante soupçonnent même ces dernières et leurs services de santé d’organiser méthodiquement des hécatombes… Il faut résister !

Dolla se présente comme un catalogue vivant — extrêmement vivant — de l’héritage de mai 68, des ses espérances, de ses utopies, passées au crible et confrontées à la dure réalité humaine. C’est dur, sombre, noir — forcément noir — plein d’illusions et de désillusions, désenchanté et lucide, mais reconnaissant aussi l’importance majeure, à travers le gâchis, de cet héritage et qu’il ne saurait être question de vouloir le "balayer".

Tous les sujets, tous les pans de la vie, y trouvent place : les hommes, les femmes, la sexualité, les enfants, la famille, la travail, la politique, la philosophie, la révolution…

Le style est vif, enlevé, qui draine une énergie communicative et comme une colère toujours intacte.
« Vivre libre ou mourir, c’est ça ?»

Seul petit bémol peut-être dans cette déferlante revigorante : dans la première partie du roman, le nombre de personnages conviée à la "première" veillée funèbre… On a du mal à cerner tout le monde tant ils sont nombreux à confronter leurs expériences respectives et du coup, on s’y perd un peu à retisser ces liens distendus par les années.

N’empêche qu’une fois surmonté "l’obstacle" on ne peut que reconnaître la finesse de l’analyse et la qualité de la mise en scène. Un bel hommage en ces temps de commémoration…

——————————————————————————–

Etienne Borgers a lu Dolla (Polarnoir – février 2008)

Il n’est plus tout jeune, il vient de perdre sa femme, sa compagne depuis 50 ans et Augustin Remi, s’il en éprouve un sentiment de solitude accrue, ne peut cependant se laisser aller à la morosité noire car il est entouré d’amis proches, très proches. La plupart de son âge, les copropriétaires de ce vieux Moulin dans les environs de Nice, abri communautaire pour leurs vieux jours, tous enfants du baby-boom, tous ayant vécu les années 1960. A cela s’ajoutent les enfants et petits-enfants des amis, dont certains séjournent au Moulin. Non, Augustin est rarement seul en cette année 2018 qui le laisse désorienté sans sa Dolla qui faisait partie intégrante de son quotidien. C’est cependant l’occasion pour lui de faire le point sur sa vie et celle de ses amis : ils ont vécu Mai 68, partagé certains des idéaux de cette révolution des consciences, vécu leur jeunesse avec une partie d’insouciance vite noyée dans les nécessités de la vie et de la survie. Un groupe disparate, peu argenté, dans lequel aucun n’a « fait carrière ». Si les illusions sont perdues, certaines convictions ne les ont jamais quittées, tout en sachant qu’ils allaient à contre courant face à une société basée sur l’individualisme et un pouvoir qui n’admet que les convictions qu’il peut contrôler. Ils ne sont pas riches, mais la vie en communauté, malgré ses difficultés, offre à Augustin et ses amis de petites satisfactions et une protection accrue contre cette société dans laquelle eux, les vieux, n’ont plus vraiment de place.
Mais ce sera la consternation lorsque trois autres membres de la communauté seront tour à tour retrouvés morts, certains dans des circonstances nébuleuses, plus qu’étranges, victimes de maladies foudroyantes. Et petit à petit, derrière ce qui pouvait sembler être les agissements d’un fou ou d’un serial killer, se profile une horreur programmée qui les concerne tous. Vieux, fatigués, perdus dans leurs vies au ralenti et leurs relations aux autres souvent chaotiques, ils se verront enfermés dans une logique de la mort. Mais elle sera de leur choix, violente, et dans les claquements de la bannière noire. Ensembles.

Françoise Laurent a choisi la « speculative fiction » légère pour nous parler de ces vieux désillusionnés croyant encore aux vertus du groupe face à l’individualisme forcené prôné par nos sociétés dites libérales, et dont les travers sont en pleine dérive dans cette France de 2018. Et où se retrouvent des tendances actuelles portées à des conclusions sans garde-fous ni retenue dans certains détails de l’organisation sociale officielle telle qu’elle nous est décrite dans le roman. L’écriture soignée de l’auteure nous fait vivre d’emblée le quotidien et les souvenirs de ce groupe de soixante-huitards, avec leurs regrets et leurs convictions humaines rescapées des chambardements sociaux que créa Mai 68 et qu’ils gardent profondément ancrées en eux.
On regrettera que la multitude de personnages proches d’Augustin puisse amener la confusion à certains moments (à la limite, une liste des personnages, en annexe, aurait facilité les choses), même si on comprend la volonté de l’auteure de donner de l’importance à la taille physique du groupe qu’elle fait vivre dans le roman, augmentant ainsi l’aspect communautaire décrit dans le récit.
2008 : 40e anniversaire de Mai 68, événement fondateur de notre présent social, mouvement que nos politiciens officiels s’efforcent de rejeter dans l’oubli et de travestir en révolution ratée avec la complicité des faux intellectuels omniprésents dans les médias de masse.
Le roman de Françoise Laurent, avec ironie et noirceur, nous montre un des possibles de cette société de plus en plus bâties par des irresponsables à tous les niveaux et leurs désastres sociaux organisés. Il est vrai, qu’en toute logique ils ne laisseront que la voie de la révolution comme possibilité de rénovation. Et, la violence, ils connaissent, ils aiment. Ils sont prêts, eux… A cause de cela, personnellement, je divergerai de la conclusion ultime des deux dernières pages proposée par l’auteure. Mais, ayons confiance, restons groupés.
Mai 2018, ce n’est pas si loin, au fond…

Dolla , un roman au-dessus de la moyenne actuelle du genre, publié par une maison d’édition qui se dessine de plus en plus comme étant la vraie l’héritière de ce neo-polar à la française des années 70 et leurs descendants. Rapides, nerveux, sanglants ou plongés dans nos maux actuels. L’épine dans le pied du diable.

——————————————————————————–

Claude Le Nocher a lu Dolla (paru sur Rayon du polar – février 2008)

En 2018. Dans la région niçoise, une “communauté des anciens” regroupe d’ex-soixante-huitards, désormais septuagénaires. Cette troupe hétéroclite habite une bâtisse, le Moulin, sur la rive du Paillon. Ils sont tous réunis pour les obsèques de Dolla, la compagne d’Augustin. Naguère, le bistrot du couple fut le centre de gravité de leur groupe. L’optimiste Dolla les fédérait.

Augustin a du mal à se remettre du décès de celle avec qui il a partagé cinquante ans de bonheur. La présence de leur fils Boris, un dandy friqué loin de leurs idéaux, ne le console pas. Il est venu avec sa belle et froide fiancée Gaïa, étudiante en médecine. Ici, chacun reste fidèle à ses convictions d’antan. Ce qui occasionne parfois de houleux débats. Arthur, leur docteur, veille sur leur santé. Clémence, jeune punkette destroy, s’occupe de l’intendance. Ces vieux rebelles constituent un pathétique îlot de résistance dans ce monde individualiste, formaté, sécurisé par des milices.

Si la mort de leur copain Lionel le soir des obsèques peut sembler naturelle, celle de Joséphine est plus suspecte. Des traces d’insuline poussent Arthur et Augustin à s’interroger. Les “papys boomers décatis” offrent à leur amie chanteuse un ultime hommage en chœur à l’hôpital. Quand Igor s’aperçoit qu’on lui a volé ses grosses économies, il fait une crise. Les potes marginaux de Clémence sont-ils concernés ? Arthur a des ennuis avec la milice pour s’être montré trop curieux. Augustin ne comprend pas ce qui dérape. Venue d’ailleurs, la voix de Dolla l’incite à réfléchir à des coïncidences troublantes…

Un demi siècle après, l’esprit de mai 68 n’est pas éteint chez ces sympathiques contestataires. Bien que décrépits, et conscients de l’échec des utopies, ils ont encore envie d’action. Ce roman est une projection dans un avenir proche – dix ans. À moins d’une improbable réaction citoyenne, ce futur inquiétant, uniformisé, s’annonce dès aujourd’hui d’une infinie morosité. Le recensement obligatoire des seniors évoqué ici n’apparaît pas une invention farfelue. Malgré tout, c’est sur un ton amusé, qu’à travers les états d’âme d’Augustin, l’auteur nous raconte les aventures de ces nouveaux Résistants. Restons aussi optimiste que la regrettée Dolla.

Poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d bloggers like this: